Apologue : Une fable de la Fontaine

Publié le par La seconde 9.

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Les Animaux malades de la peste

Jean de la Fontaine
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Problématique : Comment cette fable permet-elle de méler l'utile à l'agréable?

Ceci est un plan détaillé de commentaire organisé. C'est à vous de compléter les parties par des citations précises.

I - Une fable : un récit agréable


1. Un récit mettant en scéne des animaux.

-Le schéma narratif commence par l'élément perturbateur ( au passé simple )
-Personnifications
-Univers merveilleux

2. Une fable, un récit  poétique


·  Versification (rimes embrassées qui lient les vers et longueurs irrégulières), accélération
·  Alternance récit / discours
·  Différentes tonalités (ironie, tragédie)
-hétérométrie : alternance des alexandrins et des octosyllabes créent un rythme rapide

3. Une Fable qui rappelle les récits mythologiques


·  « Un mal qui répand la terreur » : allusion à Œdipe de Sophocle (mauvais comportement des Hommes qui entraîne des châtiments avec la nécessité d’une victime expiatoire)
·  Idée du destin
·  Début récit mythologique puis scène de théâtre, justice et enfin morale
Anaphore vers 1 et 2 et les rimes suivies : Le mal ronge tout le vers.
       


II - Une scène critique de la justice et du pouvoir


           1. Des animaux qui évoquent des Hommes / La mise en scène et les acteurs

·  Les personnages ont des caractères personnels identifiables (vocabulaire adapté : renard contraste élogieux / dépréciatif, âne franchise)
·  Contraste foule / certains animaux précis.
Toutes les couches de la société sont représentées : Le roi par exemple est représenté par le lion ( la monarchie absolue )

·  Personnages : lion brutale et injuste
·  Utilisation de modélisateurs / de verbes d’actions qui expriment la brutalité (« dévorer »)
·  Nombre de vers consacrés au Roi important
·  Courtisans : rhétorique, pouvoir de la parole, figure de style, énonciation (pas à la première personne)
·  Certains ne font pas de confession : le renard

           2. Une critique de la justice : vers une morale

·  Vocabulaire de la justice
·  Scène représentant le tribunal (défilé à la barre des animaux)
·  Solennité de la scène : vocabulaire hyperbolique, scène grandiose
·  Rôle du loup : sorte d’avocat général
·  Utilisation du vocabulaire religieux : « expier », « péché »
·  Justice qui ne juge pas le crime mais le rang (moral)
·  Injustice soulignée contrastée par accumulation crimes de sang / crime de l’âne
·  Voix du conteur : « peccadille » (car le loup dirait « crime abominable ») qui souligne l’ironie permettant de dénoncer l’injustice

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